Les chefs

Ou il est question de cuisine, de médiatisation, des guides, de télévision, de Raymond Oliver en 1953 en noir et blanc à Thierry Marx en technicolor en 2012.

La première apparition d'un chef à la télévision en 1953 est passé à l'époque presque inaperçu, car à l'époque il n y avait que 50000 postes de télé en France.Raymond Oliver est le maître du « Grand Véfour » célèbre restaurant parisien griffé trois étoiles avec l'Imprimatur du Guide Michelin.Certains de ses confrères, vilains jaloux le tiennent pour un cabotin avide de publicité !! Petite musique acrimonieuse que l'on entendra souvent par la suite dés qu'un chef se verra adouber star du petit écran.

C'est le premier signe tangible d'un chef cuisinier qui fait son entrée dans le salon de la téléspectatrice, qui n'est pas encore identifié « ménagère de moins de cinquante ans ».

Le poste de télé qui pèse 25 kilos, est installé en bonne place et trône sur un beau meuble ciré, avec napperon brodé par la grand mére dans les années 1930, sorti du trousseau de la maîtresse de maison.

Raymond Oliver, voix rocailleuse et charmeuse, coloration phonique didactique et madré. Le chef est assisté par la Première Dame de l'ORTF ,Catherine Langeais speakerine de son état, dont le célèbre « Catherrrine ... passez moi le sel » du chef, résonne encore dans la mémoire télévisuelle des anciens de la boîte à images.

Pour Jean Cocteau il est l'homme qui a fait reculer l'ouvre-boîte. Et Curnonsky le Prince des gastronomes eu cet éloge flatteur et qui confirme pour nous les cuisiniers l'importance des grands fondamentaux dans la transmission de ce métier « Raymond Oliver est un monsieur qui, lorsqu'il casse trois œufs signe une omelette ».

Le poste de télé devient une sorte de tabernacle consumériste, identifié par les sociologues comme un futur veau d'or de la consommation.

Les écrans plasma actuels qui polluent en permanence tous les espaces publiques confirment notre addiction à l'image électronique.

Ce que confirme William Lowenstein addictologue dans son dernier ouvrage « Les dépendances qui nous gouvernent », ainsi le XXIème siècle sera addictogéne ( Calman Lévy )

C'était la proto histoire de l'avènement de l'image et de la starisation des chefs et ce, à partir de 1965, démultipliée par la société de consommation.

L'homme qui fit sortir les chefs de la soute à charbon fut incontestablement Paul Bocuse surnommé le Primat des Gueules, longtemps le grand communiquant de la grande cuisine française « l'Homo Média ».

Ainsi nous sommes tous devenus les enfants naturels de Dame Télé et du Chef Paul (comme l'appel respectueusement Thierry Marx), et souvent capable de faire le grand écart entre le piano et le micro !!

Ainsi depuis mes années apprenti et marmiton en 1960 jusqu' à ma période Cuisinier Reporter, j'ai croisé l'Homo Culinarus sur le chemin des évolutions sociologiques et culturelles de la société.

Dans les années 60 : le cuisinier stakhanoviste.

Dans le années 70 : le cuisinier à vocation transatlantique.

Dans les années 80 : le cuisinier diva égomillaucentrique.

Dans les années 90 : le cuisinier tendance « idole des Jaunes »

Dans le années 2000 : le cuisinier artistique, pour une cuisine décimétrique géométrique à tendance hiératique.

Dans le années 2010/ 2020 : il y aura deux écoles de cuisiniers :

Les stars seront des équilibristes des gourmandises tarifées et de la communication.

Les autres survivront très bien avec l'ère de la cuisine d'assemblage.

Et si on cassait trois œufs et que l'on se fasse une bonne omelette.

Gérard Cagna

Cuisinier Reporter

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